Enfants des prés et des masures,
Dénicheurs de geais bavards,
Charmeurs d'orvets et de couleuvres,
Enfants des longues nuits où court le loup.
Si vite enrôlés à la peine,
Enfants des usines et des mines,
Bergers perdus, valets de ciel
Au trésor d'ombres et de nuées,
Enfants de la faim
Affamés d'enfance,
Témoins depuis bien longtemps effacés
Qui demandez justice et grâce par ma voix,
Juste la grâce qu'un monde fourbe vous vola.
Mère je te chante avec de simples mots
Toi qui fus simple et grave et qui es morte,
Je chante la bergère de sept ans que tu fus
Perdue dans l'herbe haute de tes rêves,
La servante menue serve par la misère,
L'enfant blessée, naïve et fière,
Si petite, seule dressée
Contre l'énorme vilenie du monde.
O courageuse mère que ni la faim
Ni les peines ni le labeur sans aube
Ne purent vaincre dans sa justice et son amour
Georges-Emmanuel Clancier